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Le blog du Théâtre Universitaire Royal de Liège

Notre singe de Kafka primé au IXe Festival International de Théâtre Universitaire (Nemzetközi Egyetemi Színházi Festivál) de Pécs (Hongrie), 23-26 octobre 2014

7 Novembre 2014 , Rédigé par Asbl Théâtre Universitaire Royal de Liège Publié dans #Tournées

Les photos

En 2010, lors de notre première visite à Pécs dans le cadre de la manifestation « Capitales européennes de la culture », nous avions pu visiter les travaux de réhabilitation d’un ancien site industriel de la ville. Tout comme dans d’autres villes à l’industrie autrefois florissante, les autorités ont transformé d’anciennes usines en centres culturels. Il en existe de très beaux à Genk, Esch-sur-Alzette, ou encore Essen (que nous avions également visité en 2010), mais celui de Pécs, appelé Zsolnay Cultural Quarter est particulièrement réussi (pour vous en donner une idée, voyez ces quelques images pêchées sur Google).

L’université de Pécs a donc bénéficié de ce lieu unique, maintenant complètement aménagé, pour organiser son IXe festival international de théâtre. Les représentations avaient lieu dans deux salles, toutes deux très bien équipées et convenant parfaitement à ce genre d’événement. L’équipe technique était compétente et sympathique et a répondu à toutes nos demandes avec une rapidité, une efficacité et une gentillesse remarquables. Un merci tout particulier à nos différentes interprètes, avec mention spéciale à Eszter Vilmos :)

Mais il ne suffit malheureusement pas d’assurer une technique impeccable (même si ce point est essentiel !) ou de prévoir les éternelles « discussions » sur les spectacles pour réussir une rencontre… et il est dommage qu’à côté de l’aspect purement artistique, nous n’ayons pas pu retrouver les autres participants dans un endroit convivial où nous aurions pu nous détendre, boire un pot ensemble, discuter de façon informelle. Nous étions, certes, tous logés dans un foyer étudiant au centre-ville, mais cet endroit au confort plus que spartiate n’était prévu que pour servir de dortoir. On peut aussi remplacer « spartiate » par « monacal » puisque ledit dortoir était situé dans un couvent (collège, gymnasium… ?) cistercien (Ciszterci Rend Nagy Lagis)…

Certes, les subsides européens reçus par Pécs en 2010 en tant que Capitale culturelle semblent avoir été bien employés, comme dit plus haut, par la Ville pour réaffecter joliment des friches industrielles, et par l’Université pour internationaliser son Festival de théâtre universitaire dont la 8e édition (2010) s’ouvrait à des troupes non-hongroises (voir notre blog du 18 novembre 2010 : http://turlg.over-blog.fr/article-poivre-de-cayenne-au-8e-festival-international-de-theatre-universitaire-de-pecs-hongrie-4-7-nov-2010-61221444.html, mais ils n’ont apparemment pas enrichi l’Université de Pécs à long terme, puisqu’il leur aura fallu 4 ans pour organiser l’édition suivante, la 9e, en 2014…Ceci explique peut-être cette certaine austérité sur le plan de l’hébergement des hôtes… et l’absence monastique de petit-déjeuner quotidien… ?

En ce qui concerne le programme, il proposait des troupes venues d’Autriche (Graz), Bosnie-Herzégovine (Banja Luka), Croatie (Zagreb), Roumanie (Iasi) , Hongrie (Pécs, Szeged et Györ) et Belgique (Liège), soit 8 spectacles d’un répertoire allant de Molière à Beckett, en passant par Schnitzler, Örkeny, « notre » Kafka ou des créations collectives (voir le site du Festival de Pécs - (http://jesz.pte.hu/fesztival/feszt2014.html). Programme varié, avec aussi des spectacles qui se déroulaient dans des lieux inattendus (un appartement, un studio d’enregistrement) témoignant bien de la vitalité du théâtre universitaire.

Comme nous avons coutume de le dire à force de l’expérimenter en participant à des dizaines et dizaines de festivals à travers le monde, ces lieux sont des « carrefours » où, entre Théâtres Universitaires, on se croise et se recroise de loin en loin. C’est ainsi que nous avons pu revoir à Pécs-2014 notre ami Vladimir Cvejic de Belgrade, grâce auquel nous avions pu, après 20 ans d’interruptions des contacts, renouer enfin avec la capitale serbe. (voir http://turlg.over-blog.fr/article-visite-eclair-a-belgrade-17e-festival-international-de-theatre-academique-3-12-4-2011-71713048.html). Ici à Pécs, notre Vladimir présentait un spectacle avec le Théâtre étudiant de Banja Luka (Bosnie-Herzégovine). En fait, l’Université de Belgrade, où il officiait jusqu’ici, a eu la très mauvaise idée de couper les vivres à son propre théâtre étudiant …ce qui, en quelque sorte, a fait l’affaire des Bosniaques, qui ont invité Vladimir à les mettre en scène chez eux…

Rencontre plus étonnante encore, nous avons été reconnus à Pécs par János Regös, le fils de Pal Regös, un fameux mime de Budapest, qui avait représenté la Hongrie pour la première fois à nos RITU en 1989 (RITU 6), et qui, en échange, nous avait invités à présenter notre Projecteur réparé, de Karl Valentin, à Budapest en 1990, nous donnant ainsi l’occasion de notre première tournée en Hongrie. Depuis lors, le TURLg s’est produit à nouveau en terre magyare en 1998, 2000, 2001 (Debrecen), 2008, 2009 et 2010 (Szeged et Pécs) et 2014 à Pécs. Entretemps, Pal Regös est hélàs décédé, mais son fils János entretient bien la flamme familiale du théâtre, puisque nous l’avons rencontré à ce festival, où il représentait (avec son propre fils !) la Fédération hongroise des théâtres et des acteurs amateurs (Magyar Szín-Játékos Szövetség). Quelque chose nous dit que nous serons donc appelés à garder le contact avec les Regös, d’une manière ou d’une autre…

N’oublions pas, pour terminer en beauté, de signaler que Haroun Mouzzouri, notre singe kafkaïen de la troisième génération, s’est vu offrir le prix d’interprétation masculine par le jury du festival (tout aussi indispensable à l’Est que les « discussions » organisées sur les spectacles -voir plus haut).

Que l’avis toujours aussi restrictif que nous avons sur cette question de l’opportunité de jurys dans ce genre de manifestations ne nous empêche pas d’applaudir la performance du cher Haroun, qui, égal à lui-même, a bien mérité cette nouvelle distinction, qui s’ajoute à celle gagnée l’an dernier à Tanger, dans le même rôle (voir notre blog http://turlg.over-blog.fr/article-le-jury-du-7e-fitu-tanger-decerne-deux-prix-au-turlg-le-8-novembre-2013-121119878.html ). Ce prix remporté par notre singe de Kafka rejaillit de toute façon sur la troupe entière puisque la motivation exprimée très clairement en public lors de la proclamation était : « la remarquable capacité de faire passer le propos en français à un public totalement non francophone ». Voilà qui vise bien le spectacle dans son ensemble, incluant la mise en scène, le jeu, et la régie, puisque dans la Communication à une académie du TURLg, le metteur en scène fait homme Robert G, le singe devenu homme Haroun M, et l’homme de la régie David D sont tous trois agissant (actant) ensemble sur la scène en permanence…

Il y a des années qu’on vous le dit : le sport préféré du TURLg en tournée c’est le saut d’obstacle de la barrière de la langue !

CQJD : ce que jury démontre ! Enfin !!

Dominique Donnay et Robert Germay

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