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Le blog du Théâtre Universitaire Royal de Liège

BB 1/4

27 Juin 2007 , Rédigé par Asbl Théâtre Universitaire Royal de Liège Publié dans #Où il est question de théâtre

« Ainsi va le monde… » : On pourrait résumer par cette courte phrase le contenu du théâtre depuis l'origine. Art social par essence, le théâtre rassemble des hommes pour leur parler de l'homme et du monde : histoires d'amour, de pouvoir, de vie, de mort, d'individus grands ou petits, de société,… Et cela depuis Euripide jusqu'à Botho Strauss ou Edward Bond, en passant par Shakespeare, Molière, Tchekhov… ou Bertolt Brecht.

C'est bien ce thème qu'explore Brecht dans la première partie de son œuvre (1919-1926) : l'individu et la société dans laquelle il vit, en ajoutant toutefois une proposition importante à notre petite phrase du début : « Ainsi va le monde…, et il ne va pas bien ». Dans Baal (où le monde est baptisé « excrément de Dieu »), Tambours dans la nuit, Dans la jungle des villes, La vie d'Edouard II ou dans Homme pour homme, il décrit un monde sombre et chaotique, une jungle où le plus fort gagne et où la seule fuite possible est celle de Baal : le rejet des conventions, de l'ordre établi. Une description essentiellement négative donc, d'un monde hostile à l'homme ; mais elle porte déjà en germe les préoccupations de son travail à venir. Si la société fait de l'homme un objet (ici, G.Büchner n'est pas loin), si le destin de l'individu se joue dans les relations humaines, il va falloir le dé-montrer à l'homme : lui faire prendre conscience de sa triste condition sociale. Et, s'agissant de théâtre dont, on l'a dit, la thématique est, de tout temps déjà, l'homme et le monde, c'est donc sur la forme traditionnelle du théâtre qu'il faudra agir : faire un théâtre qui ouvre les yeux du spectateur sur sa propre « aliénation », « Glotzt nicht so romantisch » (N'écarquillez pas les yeux si romantiquement), disait déjà une pancarte dans Tambours dans la nuit (1919), pièce que Brecht, de son propre aveu, n'avait pourtant écrite que « pour faire de l'argent », pas pour révolutionner le monde. Le mot est lâché : « Le monde ne va pas bien, et il faut le changer ». Et seul l'homme peut provoquer ce changement nécessaire. Ce sera la nouvelle fonction que Brecht va conférer à un nouveau théâtre : « un théâtre de l'ère scientifique ». Comme la science analyse et démonte la mécanique du monde réel, le théâtre doit pouvoir analyser et démonter les mécanismes des relations humaines.

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