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Le blog du Théâtre Universitaire Royal de Liège

Fin d'une SAGA!

4 Mars 2009 , Rédigé par Asbl Théâtre Universitaire Royal de Liège Publié dans #Annonces

Comme indiqué sur notre page d’accueil du site, les représentations de « Saga », prévues pour fin mars 2009 sont annulées pour refus de droits d’auteur.

Voici, telle quelle, la réaction, à chaud, de David Homburg, chef du projet. Elle est très épidermique : je comprends, et je partage la grande déception de toute l’équipe.




Pour la bonne compréhension de l’affaire, je me permets de faire suivre le texte de David par un autre de ma plume, qui revient sur les tenants et aboutissants de cette affaire lamentable.



Un bon auteur est un auteur mort

Depuis septembre 2007, une équipe du TURLg travaillait à la création d'un spectacle basé sur le roman Saga de Tonino Benacquista. La demande des droits avait été faite dès le début du projet, mais ce n'est qu'il y a deux semaines que la réponse est arrivée, sans appel et prononcée, paraît-il, par l'auteur lui-même. cette réponse
était négative.

Passons ma frustration de metteur en scène devant le refus de voir jouer la pièce sur laquelle nous travaillons depuis un an et demi, et les difficultés dans lesquelles me met ma propre imprévoyance. Finalement, je n'avais qu'à attendre les droits avant de me mettre à travailler. Je trouve simplement dommage qu'un auteur qui il y a dix ans écrivait avec Saga un éloge des créatifs dans leur combat quotidien pour être reconnus dans la routine du specatcle et des gros sous soit aujourd'hui complètement assimilé par ce système. Il l'est si bien que les rouages administratifs mis en place pour protéger ses intérêts financiers et artistiques ont fini par broyer le travail d'une vingtaine d'amateurs de théâtre passionnés de ses ouvres. Il l'est si complètement que lorsqu'ils ont voulu s'expliquer, montrer à quel point leur projet ne pouvait constituer une menace pour l'auteur, ils ont été plongés dans un dédale bureaucratique digne de Kafka (décédé en 1924), dans lequel il leur a été impossible de joindre Monsieur Benacquista.

En nous refusant le droit de jouer notre pièce, notre auteur a foulé aux pieds les idées mêmes qui nous avaient donné goût à son livre. Les principes qui nous ont poussés dans l'aventure Saga, auxquels nous croyions et qui donnaient un sens a ce spectacle sonnent creux maintenant qu'une action, peut-être involontaire, de leur
auteur les a vidés de sens. En ruinant ainsi nos efforts, Monsieur Benacquista a perdu dix-huit lecteurs passionnés et les a laissés frustrés, déçus, dégoûtés devant son attitude. Il est simplement regrettable qu'il n'ait jamais eu l'occasion de prendre conscience de ce que notre projet était réellement. et surtout de ce qu'il n'était pas : une concurrence ou une menace.

Je citerai enfin Jean de La Fontaine (mort en 1695), qui depuis l'au-delà ne m'en empêchera pas, lui, pour jurer, mais un peu tard, qu'on ne m'y prendra plus !
Décidément, un bon auteur est un auteur mort !
 

David Homburg


Pour « rebondir » sur Jean de la Fontaine, j’intitulerai mon commentaire :


Benmalacquista ne profite pas

Les droits d’auteur, les droits à la propriété intellectuelle sont respectables, tout aussi sacrés que la recette toujours secrète – paraît-il – du Coca Cola.
Il n’y a pas de raison, en effet, que l’œuvre littéraire d’un auteur X (par exemple Trebor Yamreg, pour en prendre un méconnu) ne soit pas aussi bien protégée que le brevet du dérailleur, de l’essoreuse à salade, du bigoudi chauffant, de l’extracteur de noyaux de fraise, de Microsoft, etc.
Le TURLg paie donc très scrupuleusement les droits d’auteur dûs pour ses spectacles, sans tricher.

1. La demande

Le 23 janvier 2009, nous recevions un courriel de la Société des Auteurs (SACD) de Bruxelles disant exactement ceci :

« Cher Monsieur Germay,
Je (= la SACD) viens de recevoir (enfin ! J’avais fait ma première demande le 26 septembre !) la réponse de Monsieur Benacquista. Elle est malheureusement négative… Monsieur Benacquista vient de terminer une adaptation théâtrale de son roman et n’autorise en aucun cas qu’un autre projet théâtral existe, fut-il amateur.
Il me dit de rester vigilant à toute tentative d’adaptation non-autorisée.
Son agent ne me répondait pas, j’ai donc envoyé la demande à Monsieur Benacquista lui-même, sinon je n’aurais jamais eu de réponse.
Croyez que je suis désolée de devoir vous refuser notre autorisation à 2 mois des représentations ».

Désolée sans doute, mais bien moins que nous. D’autant que notre demande à nous avait été adressée déjà bien avant septembre, via la FNCD, à la SACD… !
La poste n’étant plus ce qu’elle était…

2. La contrition

David parle ci-dessus de sa « propre imprévoyance ». Ah, la culpabilisation judéo-chrétienne ! Personnellement, le Chef lui pardonne, sachant que, le 17 novembre 2006 déjà, il créait avec succès et, surtout, avec la bénédiction officielle de l’auteur, une adaptation scénique d’un autre roman, « La Commedia des ratés » du même Benacquista, travail pour lequel, d’ailleurs, ce dernier a encaissé des royalties une dizaine de fois.

Mais voilà, l’adaptation de « Saga » - truffé de dialogues – devait paraître plus aisée à l’auteur, qui se sentit pousser des ailes de dramaturge…

Il va de soi que si l’adaptation théâtrale avait déjà existé, le TURLg l’aurait certainement exploitée, plutôt que de se taper lui-même le travail !

Voici qui, à mon sens, apporte de l’eau au moulin de David stigmatisant le côté mercantile de l’interdiction : notre auteur a dû voir plus de profit possible dans une future carrière théâtrale professionnelle de son « rejeton ».

Et ceci est de toute manière très paradoxal : en refusant nos quelques représentations amateur dans le cadre, tout de même restreint, du TURLg, il se privait du même coup de quelques Euros de droits d’auteur… !

Le TURLg, de son côté, ne voulait pas faire d’argent, ni sur le texte, ni sur la – par définition – courte carrière du produit fini.

3. La – bonne – résolution

Nous allons bien entendu rayer à jamais de nos tablettes jusqu’au nom de l’auteur, moins déçus que nous sommes par un refus finalement très anecdotique – « ça peut arriver »… – de nos représentations, que par une décision dont le sens contredit manifestement les propos mêmes du bonhomme.

Mettrons-nous bientôt à notre programme un spectacle qui s’intitulerait « De l’art de la contradiction, ou Faites ce que je dis et pas ce que je fais » ?


Robert Germay

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