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Le blog du Théâtre Universitaire Royal de Liège

Godot en Amérique ou : des chutes du Niagara aux chutes de neige du Québec, sa. 16 - di. 24 avril 2011

3 Mai 2011 , Rédigé par Asbl Théâtre Universitaire Royal de Liège Publié dans #Tournées

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Les photos

L'an dernier, en avril, des cendres volcaniques islandaises avaient cloué au sol notre Godot, l'empêchant de s'envoler vers le Québec pour participer, pour la énième fois, aux 14e Fêtes Théâtrales du Suroît. A quelque chose, malheur est bon, puisque ce délai nous a permis d'ajouter une destination à notre périple nord-américain : Buffalo, NY, USA, où nous avons présenté Le Dernier Godot, de Matéi Visniec. C'était déjà à l'occasion d'une tournée québecoise que, en avril 2000 (comme le temps passe !), le TULg (il n'était pas encore Royal) "découvrait" les États-Unis en allant présenter sa Communication à une académie de Kafka à l'Université de New-York à Buffalo (UB). Et notre hôte était déjà alors Maria Horne, professeur à l'UB, fondatrice du programme d'échange artistique et culturel international (IACE) de son Université et vice-présidente de l'AITU. Nous la remercions encore pour son invitation et surtout pour son accueil si chaleureux. Nous la félicitons aussi pour l'énergie qu'elle a dû déployer pour nous amener, le lundi 18 avril à 17 heures 30, un public de quelque 300 personnes, majoritairement des étudiants anglophones, dont des classes étudiant le français. Une vraie prouesse par ce temps de neige. Un jeune public manifestement conquis, si on en juge par les applaudissements et, surtout, par la sympathique discussion organisée à l'issue de la représentation avec de nombreux spectateurs très intéressés, et en présence du nouveau président de l'UB qui prenait ses fonctions précisément ce jour-là.

Jean Deshayes, un journaliste québécois présent à la séance a fait écho de cette mémorable séance dans les colonnes de son journal ("Le Régional", Hamilton-Niagara), parlant de "salle comble" de "mise en scène habile et très belle performance des comédiens", de "spectateurs comblés : beaucoup d'étudiants, de professeurs et autres amateurs de théâtre formant un auditoire très attentif", et pour lesquels "on a même dû ajouter une rangée de chaises pour accommoder les derniers spectateurs". Dernière citation : "Un beau moment de théâtre et de belles découvertes francophones étaient au rendez-vous pour cette soirée qui mettait en valeur la richesse culturelle de la langue française".

Il faut bien le dire : si ce n'est pas évident d'aller présenter ainsi un spectacle en français sur les rives du Niagara, il n'est pas moins hardi, voire téméraire, de l'y inviter ! Encore chapeau bas pour Maria Horne d'avoir osé, et d'avoir si bien rempli sa salle en notre honneur et pour notre plaisir. Celui-ci fut rencontré aussi par un peu de tourisme "classique" : un petit saut aux fameuses chutes du Niagara toutes proches, qui valent toujours le détour, même par le froid de canard qui nous y attendait... avant la neige.

Pour clore ce "chapitre" Buffalo, savez-vous d'où vient le nom de cette ville ? Non, comme on pourrait le penser, de celui du bovidé célèbre dans les westerns : il n'y en a pas dans la région... Il paraîtrait que des Français du Canada, s'extasiant sur la beauté de la rivière Niagara, se seraient écrié : "Beau fleuve!". Ce serait cette exclamation qui, déformée phonétiquement, aurait donné "Buffalo". Étonnant, mais plausible, ma foi, avec ces Ricains...

Si Air France nous a déposés à Toronto, c'est parce que là, nous attendait une Chevrolet Impala canadienne, mise gracieusement à notre disposition par le généreux Jean-Marc Larrue, de Valleyfield, premier instigateur, en fait, de ce périple américain. Car, après cette escale à Buffalo, nous prenions la route le mardi 19 avril pour gagner le Québec, première raison de ce beau grand voyage.

Après Lovely Rita (Montréal, Sherbrooke, 1989), Le Projecteur réparé (Montréal, Québec, 1993), En Pleine mer (Les 2 versions : hommes et femmes, Valleyfield, Québec, Trois-Rivières, Montréal, 1995), Communication à une académie (Buffalo - EU. -, Valleyfield, Québec, Montréal, 2000), Si tu m'aimes (Valleyfield, Québec, 2001), Poivre de Cayenne (Valleyfield, Québec, Trois-Rivières, 2009), notre Dernier Godot est donc la 7e production du TURLg à visiter la Belle Province (pour plus de détails, voyez l'article du mardi 5 mai 09 en page 4 de notre blog, rubrique "Tournées , où je retraçais déjà sommairement notre histoire québecoise.)

Après onze heures de route, donc, par cette merveilleuse journée ensoleillée du mardi 19 avril 2011, nous arrivions à Québec, où nous attendait notre vieil ami Luis Thénon, professeur de théâtre à l'Université Laval, et fondateur du LANTISS (Laboratoire d'analyse des nouvelles technologies de l'image, du son et de la scène, inauguré en 2004), où nous devions jouer le lendemain, mercredi 20/4 en soirée. (Sur notre longue amitié avec Luis Thénon, voir aussi notre blog, rubrique « Dans le rétroviseur »).

Verre(s) de retrouvailles et souper pâtes (excellentes) chez Luis, puis arrivée à notre auberge 5 étoiles, la résidence (propriété de la Région Wallonne) du délégué Wallonie-Bruxelles International (WBI) à Québec, Monsieur Charles Houard... qui nous attendait de pied ferme depuis 2010, le pôvre...

La journée du mercredi fut consacrée au montage en la salle du LANTISS, où nous accueillait Robert Faguy, successeur de Luis Thénon à la direction du Laboratoire. Pendant que Renaud commençait le montage avec un sympathique technicien du cru, Beckett (Vincent) et Godot (David) s'aventuraient pour un tour de ville - qu'ils découvraient - sous la conduite du Chef... en pleine tempête de neige, aussi violente qu'inattendue. Il faut voir les Québécois rouler sur 20 cm de neige dans l'incessant ballet des chasse-neige ! Impressionnant !

La représentation du soir se déroula parfaitement, devant des spectateurs, certes, peu nombreux (le même nombre que le nombre de centimètres de neige), mais, comme il n'y avait que 25 sièges, la salle était en fait bondée, et l'intéressante discussion qui eut lieu après le spectacle avec ces élèves de Luis, prouva que la qualité du public compensait la quantité.100_3129.JPG

La soirée se terminait chez Monsieur Houard autour d'une table bien garnie par sa charmante épouse.

Le jeudi matin, c'est sur une route encore enneigée, mais bien dégagée par les compétents services de voirie locaux, que notre Impala de concours nous emmenait vers Valleyfield. Une petite visite touristique de la ville et de son vieux port sous un soleil radieux nous démontra, une fois de plus, que le climat québécois est capricieux. Et quelques embouteillages (dignes du ring de Bruxelles aux heures de pointe) plus tard, nous arrivions en fin d'après-midi à Salaberry-de-Valleyfield, but ultime de notre voyage,.

Avec Jean-Marc Larrue, grand organisateur du festival de Valleyfield, nos liens sont aussi de longue date : aux alentours de 1990, première rencontre à un colloque de la FIRT organisé à Glasgow par le regretté Claude Schumacher. Puis présence régulière de Jean-Marc aux RITU de Liège préparatoires au Congrès Mondial de 1994, qui fonda l'AITU (Association Internationale du Théâtre à l'Université). Depuis lors, nos relations n'ont fait que croître, et Jean-Marc de me succéder en 2008 (Congrès de l'AITU à Puebla) à la présidence de l'Association. Pour leur 15e anniversaire, cette année 2011, les "Fêtes théâtrales du Suroît" (le Suroît est la régions de Valleyfield), au début purement nationales, ont décidé de se rebaptiser en "Fêtes Internationales du Théâtre", consacrant ainsi le développement qu'elles ont connu ces dernières années.

Si naguère, nous avons été parmi les premières - voire la première ? - troupes étrangères à y participer, aujourd'hui, et depuis plusieurs années, on y rencontre des hôtes d'Allemagne (Fellbach, Konstanz), de France (Grenoble, Lyon, Rennes), du Mexique et de Colombie (Manizales), de Lituanie (Vilnius), des USA (Norfolk)... Cet élargissement international n'a en rien altéré le caractère festif de l'évènement qui anime pendant 6 jours la ravissante ville de Valleyfield en ce début de printemps québécois. Merci encore à Julie et à son équipe.

Le vendredi 22 avril à 19h., nous présentions donc notre Dernier Godot dans une salle Albert Dumonchel bien remplie, devant un public réceptif et enthousiaste.

Notre dernière prestation s'est enfin déroulée le samedi 23 à 21h30 par la représentation de ce qu'il est convenu d'appeler le Projet Leicester, à savoir une coproduction TURLg-Troupe du Collège de Valleyfield. Cette opération avait été décidée au Congrès de l'AITU à Leicester (2010) : elle mettait en scène en parallèle le Godot liégeois, et une adaptation du Godot de Beckett avec deux jeunes comédiennes du Collège, dirigées par Jean-François Boisvenue. Réalisé à distance (téléconférences), ce montage bilatéral (c'est le cas de le dire) avait été présenté en avant-première en ouverture de RITU 28 à Liège, et il connut son aboutissement définitif ici, à Valleyfield. Une expérience jouissive et enrichissante, ma foi, et bien dans l'esprit de l'AITU et de son réseau international.

Le dimanche 24 avril, un vol KLM nous ramenait, fourbus mais contents, de Montréal cette fois, vers Liège, via Amsterdam et... la gare d'Anvers, patrie de ce bon Bart.

Pour clôturer ce - long - "rapport", remercions encore tous ceux qui ont aidé à la réussite de cette belle tournée, tant à Buffalo qu'à Québec ou Valleyfield. Nous rentrons au pays avec une promesse faite à (extorquée par ?) Jean-Marc, de revenir l'an prochain avec notre fameux mais feu Karl Valentin, Le Projecteur, réparé... ? Va falloir s'y mettre, calice ! Debout les morts !

 

Robert Germay

 

PS : 1. Nous n'avons pas pu éviter la traditionnelle contredanse pour parking à Montréal

2. Ni non plus les désormais récurrentes taxes pour surplus de bagages, ces nouvelles amendes que ponctionnent aujourd'hui allègrement tous les avionneurs sur leur bétail transporté. Il sera bientôt impossible de voyager avec plus d'un bouquet de fleurs artificielles comme décors et accessoires... Quand je pense que Godot s'envole bientôt pour Vilnius, et Le Joueur de flûte pour l'Estonie... Et que dire de Fin de siècle sur l'île en Colombie en octobre prochain ? En pédalos ?

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