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Le blog du Théâtre Universitaire Royal de Liège

Le Joueur de flûte les fait danser tous en rond à Avignon (31.1 - 2.2.2014)

10 Février 2014, 15:58pm

Publié par Asbl Théâtre Universitaire Royal de Liège

2014-02-01 14.16.34Les photos

« Après Angers en 2013, la FAGE organise son 2e SNACE à Avignon du vendredi 31 janvier au dimanche 2 février 2014. Voulez-vous en être, en proposant un spectacle aux participants et en animant un café débat ? » La question (le mail) émanait de Lucile Neau, chargée de mission culture à la FAGE, qui nous avait « découverts » lors de notre dernier passage à Angers en 2013 - où elle réside.

FAGE ? SNACE ? Ah !, cette manie des sigles toute française. Ne cherchez plus : la « Fédération des Associations Générale Etudiantes » (équivalent français de notre FEF - Fédération des étudiants francophones) organise son « Séminaire National des Arts et de la Culture Etudiante ». C’est pourtant clair et évident, non ? Bref, il s’agit d’une rencontre de représentants d’associations étudiantes (ici, 70 participants environ), venus des 6 coins de l’Hexagone à l’invitation de l’Inter’Asso Avignon, pour « poser la question de la reconnaissance des initiatives étudiantes en matière de culture à l’université, mais plus largement encore, celle d’une nécessaire initiation à la pratique culturelle sous toutes ses formes au sein des établissements d’Enseignement supérieur[…] Le SNACE, c’est aussi un melting-pot de curieux voulant innover et transformer la vie étudiante par les arts et la culture ». (voir http://www.fage.org)

Quand j’entends le mot culture, je sors mon TURLg, comme disait l’autre : et nous d’accepter l’invitation derechef !

Il faut souligner une différence (de taille pour nous) entre l’université belge et l’université française. Chez nous, l’Alma Mater a deux missions : l’enseignement et la recherche. En France, en revanche, une loi de 1984 confie officiellement  à l’université une 3e mission importante: la culture (« tant en matière de diffusion que de création, individuelle ou collective »).

Ceci peut expliquer notre jalousie de théâtreux universitaires belges en tournée outre Quiévrain (de Metz ou Nancy à Toulouse, en passant par Lille ou Vaulx-en-Velin…) devant les belles infrastructures, dans lesquelles nous sommes accueillis sur ces campus français : tant les lieux que les installations techniques ne laissent pas de nous mettre sur le séant, surtout en pensant que nous, TURLg, avons mis 56 ans (1941 à 1997) pour emménager ,enfin et de haute lutte, dans une salle à peu près correcte au centre-ville…

Pour rappel, en Belgique, il n’existe aucun équivalent au CROUS[1] français (ou à l’AStA[2] en Allemagne), bref, pour faire court : l’université belge n’investit guère autant que sa voisine française dans « le culturel », qu’elle ne subsidie, en fait, qu’au coup par coup, cercle par cercle, bon an mal an. Le TURLg, à Liège, est une exception qui confirme la règle : depuis une vingtaine d’années, il bénéficie, en effet, d’une subsidiation récurrente à charge des budgets ordinaires de l’ULg, situation particulière qu’il doit, e.a., à un palmarès particulièrement riche (Pour faire bref : tournées dans 41 pays de quatre continent, de l’Argentine à la Russie, du Bénin à l’Estonie, du Canada à la Jordanie, en visitant 90 villes en Belgique, 180 villes dans le monde, hors Belgique, dont 41 points de chute en France et 34 en Allemagne, etc…) et, dès lors, flatteur pour l’image de l’Alma mater. Cette réputation est sans doute une des raisons qui ont poussé la FAGE à nous contacter pour participer à son séminaire SNACE d’Avignon.

Robert Germay (Prof. retraité, mais toujours président actif du Théâtre de l’Université de Liège) était sollicité pour animer un café-débat aux cotés de Bertrand Vignon, Vice-président de l’association A+U+C (regroupant les services culturels universitaires de France), basé, lui, à Grenoble.2014-02-01-09.34.46.jpg

R. Germay, qui est aussi le Président-fondateur de l’AITU (Association Internationale du Théâtre à l’Université, fondée à Liège en 1994) a eu ainsi l’occasion de rappeler aux congressistes que le théâtre est une activité culturelle étudiante aussi vieille que les plus anciennes universités européennes : dès le Moyen-Age, les étudiants montaient « sur les planches ». La fin de la deuxième guerre mondiale voyait l’avènement du théâtre universitaire moderne lorsque, sortant des murs de la « tour d’ivoire » de l’université, le TU prit une place importante dans le paysage théâtral « tout court », allant jusqu’à en influencer l’esthétique dans bien des cas, en Europe (France, Allemagne, Pologne etc.), mais aussi outre-Atlantique. Il fallait aussi souligner qu’aujourd’hui, le Théâtre à l’Université est un phénomène mondial encore bien vivant, et qu’il n’y a guère d’université dans le monde, où on ne fasse pas de théâtre d’une manière ou d’une autre. Car, et c’est une marque de vitalité et de richesse, il n’y a pas un, mais des théâtres universitaires, différents d’un pays, d’une ville, d’une université à l’autre : si le théâtre pratiqué à l’université est, certes, spécifique, il n’en est pas moins multiple et polymorphe. Ce qui lui est commun, partout dans le monde, c’est son caractère formateur naturellement complémentaire de l’enseignement. Plus personne ne le nie : le théâtre à l’université est un hobby, certes, mais aussi un outil. Enfin, c’était aussi l’occasion de rappeler, pour l’anecdote, que la FNTU (Fédération Nationale de Théâtre Universitaire française, aujourd’hui défunte, mais à ce moment-là basée à Reims)  avait déjà organisé à Avignon, en 1988, des Universiades, mettant à l’honneur le théâtre universitaire, tant sur le plan de la création proprement dite que sur celui de la formation générale.

Sur ces sujets, on recommandera aux ‘séminaristes’ d’Avignon comme au lecteur de ce blog le site de l’AITU, ainsi que la lecture du livre « Théâtre Universitaire, Pratiques et expériences », édité par Robert Germay et Philippe Poirrier, en 2013, aux éditions universitaires de Dijon (http://eud.u-bourgogne.fr/arts-et-histoire-de-l-art/374-le-theatre-universitaire-the-university-theatre-9782364410671.html)

Comme pour servir d’exemple à ses propos, le Liégeois avait emmené avec lui un spectacle du TURLg, « Le Joueur de flûte », d’après un poème de Robert Browning, mis en scène par Dominique Donnay et Robert Germay. La représentation eut lieu le samedi 1er février à 19h30 dans le sympathique « Fabrik Théâtre », et elle se prolongea par un intéressant débat avec les spectateurs/séminaristes portant sur le spectacle du TURLg, certes, mais aussi sur la pratique théâtrale à l’université en général. « Le Joueur de flûte » est, à cet égard, un spectacle « idéal » pour souligner quelques caractéristiques dont se prévaut le TURLg :

1) Le TURLg compte une centaine de membres actifs dont une trentaine de pour cent ne sont plus, ou n’ont jamais été étudiants universitaires. C’est spécialement le cas avec « Le Joueur de flûte », dont pourtant la distribution était majoritairement étudiante, à la création en 2006. On peut commencer à participer au TURLg à 18 ans et y être encore après la retraite. Le cas record est encore aujourd’hui détenu par François Duysinx qui débuta sur les planches à l’ULg comme étudiant en 1934 (il avait 20 ans) …où il jouait encore l’année de sa mort en 2003, à 89 ans !
2) Les spectacles du TURLg aussi sont souvent « coriaces » : créé en 2006, le « Joueur » n’avait plus tourné depuis 2011, ce qui a impliqué des répétitions organisées exprès pour Avignon.
3) Cette caractéristique a un corollaire : les distributions de nos spectacles sont « à géométrie variable » ; les rôles peuvent souvent être tenus par plusieurs comédiens qui, eux-mêmes, jouent parfois dans plusieurs pièces. (Il y a des exemples de spectacles du TURLg où les 6 rôles prévus par l’auteur ont été tenus par une quinzaine de comédiens différents au cours des saisons).
4) Nos spectacles voyagent souvent, et loin : par ex. en 2011, notre Flûtiste de Hamelin était en mai en Estonie, en juin en Turquie, et en novembre en France (Rouen)…Mais il avait déjà quitté la Belgique bien avant : pour l’Italie (2007), le Maroc (2008) et la France (Dourdan, 2008 ; Saint-Louis, 2010)
5) Ces tournées en terres lointaines, le plus souvent non-francophones (sur les 41 pays visités par le TURLg, une petite dizaine seulement sont francophones), influencent profondément notre méthode de travail : nous devons sauter le mieux possible la fameuse « barrière » de la langue ; pour cela il faut donc, dans le spectacle, que le texte soit à sa place, c.à.d. un simple outil parmi les autres, que la mise en scène veillera à « faire passer » au mieux grâce aux autres outils que sont le jeu, la scénographie, l’espace,  la musique, le rythme, la structure… L’expérience nous a prouvé que nous y arrivons généralement.
6) Le dénominateur commun de ces caractéristiques c’est, évidemment, le travail en équipe : le travail en projet collectif, reposant essentiellement sur l’improvisation, comme moyen de mise en scène, non pas comme but. C’est aussi la clé de la longévité des adhésions de ses membres, de la flexibilité de ses distributions et de la mobilité de ses productions dans le temps et dans l’espace. Car c’est de la méthode que naît le style du TURLg qui est à la fois un et multiple, durable et protéiforme.

Car sa préoccupation a toujours été, pendant plus de 70 ans (3/4 de siècle en 2016 !), de préserver et transmettre une bonne tradition tout en favorisant la créativité et l’évolution.

Après ces - longues - considérations générales (pardon !), revenons, enfin, à notre déplacement éclair à Avignon : pour résumer à l’extrême, il suffirait de dire, en fait, que tout alla bien, Madame la Marquise.

Déplacement sans histoire (et généreusement financé par nos amis français !): un minibus et une voiture pour la troupe de 11 personnes, et un TGV pour le Chef tout seul ; arrivée à Avignon en 3 vagues le vendredi 31 janvier (une fois dans la Cité des Papes, ça se gâte un peu avec le problème du parking, mais…ça/on marche). Accueil très chaleureux par les organisateurs autour d’un buffet copieux et appétissant. Hébergement très correct dans l’Ibis Budget du coin. 2014-02-01-10.57.59.jpgReprésentation sans « couacs » le samedi 1er février, devant un public très attentif ; suivie d’un autre buffet de qualité (à nouveau l’œuvre de bénévoles du cru) et petite soirée festive à l’ambiance estudiantine de bon aloi. Retour vers le Nord le dimanche 2. Bref, hormis une drache bien belche une fois le samedi, disons : un franc et massif R.A.S.

Mais je ne peux pas terminer ce compte-rendu sans relever, en gras en en rouge, le caractère constructif de ce séminaire, où l’intérêt manifesté par les participants n’a jamais faibli, que ce soit dans les ateliers, les café-débats ou à la discussion après notre spectacle. Manifestement, le sujet de la culture en milieu étudiant est pris très au sérieux par nos camarades étudiants français et, à cet égard, il me semble que la pratique théâtrale y a bien sa place.

Nous avons nous aussi pu tirer des enseignements de cette expérience. Et si, d’aventure, la FAGE remettait le couvert à l’avenir dans un autre coin de la France, nous serions volontaires pour y aller voir : le TURLg ne manque pas de spectacles à proposer pour joindre l’utile à l’agréable dans de telles circonstances.

A ce propos, rappelons que le 10e Congrès mondial de l’AITU se déroulera à Liège du 30 juin au 4 juillet 2014, avec pour thème : « Le théâtre universitaire et la question du répertoire ». Bienvenue à tous nos voisins que la pratique théâtrale - donc de la culture - à l’université préoccupe.    

Au plaisir de nous revoir à cette belle occasion ?

Robert Germay



[1] Tant qu’on y est à expliquer les sigles : CROUS = Centre régional des oeuvres universitaires et scolaires, les CROUS étant regroupé dans le CNOUS, Centre national des oeuvres universitaires et scolaires (www.cnous.fr)

[2] AstA : Allgemeiner Studentenausschuss, comité général des étudiants d’une université.

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