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Le blog du Théâtre Universitaire Royal de Liège

dans le retroviseur...

Tout est ParThénon ou : TURLg and the Latin-American Connection

2 Mars 2010 , Rédigé par Asbl Théâtre Universitaire Royal de Liège Publié dans #Dans le rétroviseur...

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D'être accueilli à Dallas par des Mexicaines, chevilles ouvrières dynamiques de toute la communauté culturelle latino-américaine de la région, a titillé ma mémoire, me poussant à essayer de retracer l'histoire de la filière latine-américaine que hante le TURLg. Pour ce faire, il faut remonter loin dans le temps... et dans l'espace. Ce petit exercice montrera bien à quel point le Théâtre à l'université est un réseau incroyablement ramifié.

C'est, je pense, à Paris que la "connection" a démarré : Paris-Texas, comme disait l'autre, Wim, ... sans nous connaître.

Paris, parce que c'est là que nous avons emmené, en décembre 1986, notre Erasme, ou la Paix persécutée Erasme 2et, dans la foulée, notre Gardien, de Pinter (ce dernier s'était offert un détour par L'Aquila (I), avant de gagner Paris : on peut être Gardien et aimer les voyages !)

L'invitation émanait de l'Université de Paris III - Censier, qui organisait, la première semaine de décembre 86, un premier FIJTU (Festival International de Jeune Théâtre Universitaire), organisé par quelques étudiant(e)s, emmenés par Laure Chérasse, jeune théâtreuse saxophoniste. On ne sait pas si le décès tragiquement prématuré de Laure, peu de temps après, a entraîné ledit Festival à sa suite, mais en tout cas, nous n'avons plus guère entendu parler de Festivals de TU à Paris depuis lors (sans jeu de mot).

François cuisiniereUne anecdote ? Qu'avaient programmé les organisateurs/trices en clôture /gala de la semaine ? Je vous le donne Émile : Les "Inconnus"... beaucoup plus connus aujourd'hui qu'alors, on s'en doute. Autre anecdote, plus stressante en "live" : c'est cette même semaine de décembre parisien que les lycéens et étudiants de la Capitale (150.000 d'après la police, 1.000.000 d'après les organisateurs) manifestaient bruyamment à la Bastille contre la loi dite Devaquet (du nom du ministre Alain Devaquet) qui portait sur les libertés des universités. Certains de nos Tulgiens curieux (n'est-ce pas, Jean-Lou Rouche, e.a. ?) faillirent bien prendre des coups de matraques égarés par des flics motocyclistes voltigeant sur les trottoirs pour "encadrer" la manif. Mais qu'allaient faire nos valeureux Liégeois dans cette galère ? Enfin, plus de peur que de mal.

Et l'Amérique latine dans tout ça, me direz-vous ? J'y viens. Mais le détour sera encore long... lui aussi.

Bref, donc, présentant au "Bataclan" (eh oui !) notre Erasme/Gardien, nous sympathisâmes avec une troupe québecoise de l'UQAM (Université du Québec à Montréal) qui, outre un bon spectacle, avait avec nous un point commun: moins de public pour eux et nous réunis que pour un seul des autres spectacles parisiens proposés par le festival. Ça crée des liens ! Ce fut, en effet, le premier contact - à distance - du TURLg avec la Belle Province.

Hasard de calendrier, je m'envolais, la semaine suivante (9-12/12/86) pour Montréal en mission pour le Ministère de la Culture de la Communauté française (CGRI) pour participer à une Conférence Internationale des Arts de la scène (N'est-ce pas, Catherine Marissiaux ?). Je profitais évidemment de cette occasion pour rendre visite à mon collègue chef de la troupe québecoise croisée une semaine plus tôt à Paris : André Maréchal, enseignant de théâtre à l'UQAM. La visite fut efficace et fructueuse, puisque ledit André m'invita dans la foulée, à participer en observateur au 2ème Festival Québecois de Théâtre Universitaire que son Département organisait quelques mois plus tard, en mars 1987. Et j'y fus donc. (Par triste parenthèse, j'appris peu d'années plus tard que le pauvre André devait décéder, lui aussi, très prématurément. Funeste loi des séries, décidément).

Puis, en juillet 1988, nous participions à la création du 1er Festival de T.U. de l'Université Ben M'Sik de Casablanca. Et ne voilà-t-il pas que...

- "Mais, Monsieur, et l'Amérique latine là-dedans ?"

- "J'y viens, Madame. Je vous avais prévenue en commençant que des détours s'imposaient. Et j'y serai encore plus vite si on ne m'interrompt pas"

- "Pardon. Je vous écoute, Monsieur"

Bref, nous voilà à Casablanca pour la première fois de notre histoire et par plus de 30 degrés à l'ombre, pour y présenter notre Lovely Rita. LovelyRita2.jpgEt ne voilà-t-il pas donc, que nous y rencontrons une troupe de Québec, emmenée par José Luis (aujourd'hui Luis tout court) Thénon, un théâtreux argentin émigré à Québec, et enseignant le théâtre à l'Université Laval.

Au hasard d'un thé à la menthe (le whisky marocain) sur une terrasse ombragée, nous voilà bavardant avec un Luis Thénon qui manifeste, à ma grande surprise, des signes de reconnaissance - dans les deux sens du mot : il me reconnaît, et me rappelle que, l'année d'avant, à Montréal, j'avais rompu une lance en faveur de son spectacle, que d'autres étrillaient lors d'une de ces discussion post-spectacle dont certains festivals ont le secret. Ce pourquoi il me marquait sa reconnaissance a posteriori.

Depuis lors, je lui dois, à mon tour une reconnaissance éternelle.

En effet, ce bougre d'Argentin, non content de nous avoir invités régulièrement à Québec, n'a pas cessé de nous filer nombre de ses adresses aux quatre coins du continent américain : de l'Argentine (Juan Carlos Catalano, qui fut membre du premier Comité Exécutif de l'AITU ; Alejandro Finzi, auteur dont le TURLg a monté Fin de siècle sur l'île, spectacle qui tournera en Patagonie fin 2010) aux Etats-Unis (Maria Horne, Argentine elle aussi, professeur à l'Université de New-York à Buffalo, membre du COMEX de l'AITU ; Cora Cardona-Hurst, Mexicaine installée à Dallas, TX, où elle a fondé le Teatro Dallas), en passant par le Costa-Rica (Maria Bonilla), le Venezuela (Ygor Zamora, de Barquisimeto, qui fut aussi un trait d'union avec Cora Cardona), le Mexique mexicain (Carlos Robles Cruz, de Puebla, puis Oaxaca, et maintenant, vraisemblablement Mexico-City)... Je suis sûr d'en oublier : pardon.

Inutile de dire que nous avons, au cours de ces dernière années, bien utilisé ces adresses, tant pour nos propres tournées que pour achalander nos RITU-Liège. Pour en terminer, je rappellerai que Luis Thénon fut un des "picadores" les plus aiguillonnants quand il s'est agi de mettre sur pied l'AITU au début des années nonante. Mais je n'oublie pas tous les autres pour autant.

Cet exemple argentino-québecois, rappelé par notre récente visite à Dallas,TX, n'est épinglé ici que pour montrer à quel point le réseau du Théâtre à l'Université est réel, étendu et dynamique. Et pas seulement sur l'Amérique... !

Mais ceci est encore une autre histoire de l'oncle Trébor Yamreg.

A +

RG

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Dans le rétroviseur - 9e livraison

19 Septembre 2007 , Rédigé par Asbl Théâtre Universitaire Royal de Liège Publié dans #Dans le rétroviseur...

 

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La rubrique "Dans le rétroviseur..." est ouverte à tous ceux qui peuvent ajouter, corriger, améliorer les informations qui s'y trouveront concernant les dates, les noms (de personnes, de lieux ou de dieux), les anecdotes, croustillantes ou non... Bref, que ceci soit un remue-méninges-mémoire du TURLg.

RG

Or donc, en 1963, le "tambour-major" F. DUYSINX avait pris les rênes du TULg avec son habituel entrain, emmenant presque toute sa famille à la baguette : son épouse, Dame Gudule (c'est du moins le nom qui circulait familièrement) cousant quasi tous les costumes, et ses fils Robert et Marc, signant tantôt la musique, tantôt aussi la mise en scène. L'assistaient régulièrement également ses anciennes complices Fanny THIBOUT (chorégraphie) et Jeanne WATHELET-WILLEM, éminente Romaniste-Médiéviste qui souvent se chargeait des adaptations littéraires.

D'autres jeunes étudiants de ces années soixante allaient aussi émerger dans des fonctions importantes au TULg, qui comme metteur en scène, qui comme auteur : c'est une des caractéristiques de cette période qui vit le TULg donner l'occasion à de jeunes auteurs du cru de voir leurs œuvres mises en scène.

Un exemple marquant : Mathieu FALLA (1943-1998). Romaniste de l'ULg, il publiait déjà ses premiers écrits poétiques comme étudiant (poussé par Arsène SOREIL), et le TULg va lui donner l'occasion de monter quelques-unes de ses œuvres dramatiques : Les Solliciteurs, L'Intrus, Médée,…(voir ci-après). Devenu enseignant, FALLA n'en continua pas moins sa voie théâtrale, et même jusqu'en France (avec la complicité du metteur en scène Francis SOURBIÉ) où une dizaine de ses pièces verront les planches à Compiègne, Paris, Avignon,… L'Aigle se réjouira écrite en 1997 sera sa dernière pièce : elle lui vaudra le Prix de Littérature dramatique de la Province de Liège. Il disparaîtra, hélas prématurément, l'année suivante, en 1998.  Il mériterait une entière livraison de "Rétroviseur" mais ce n'est pas le but et il n'est pas le seul.

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Médée par Delacroix

Louis-Marie DUBOIS (1933-1978) que l'on peut qualifier de "fantaisiste et comédien belge", autre TULgien, put mettre en scène deux de ses propres pièces, Un Chagrin d'amour et L'Otage en 1969. Après avoir quitté l'enseignement, en 1965, il se consacra entièrement au théâtre et rencontra un certain succès à Bruxelles (Théâtre de l'Esprit frappeur, Théâtre des rues,…) notamment avec de courtes pièces et des one man shows (d'après le "Nouveau dictionnaire des Belges", 1998, t.I).

Et puis, il y a des moments où la réalité d'aujourd'hui rattrape le rétroviseur d'hier. Une autre figure liégeoise devait être évoquée dans cette livraison pour avoir participé activement au TULg à cette foisonnante époque des 60ies, mais aussi à la vie culturelle liégeoise en général : Claude VANDELOISE lui aussi mériterait plus de lignes, mais nous devons être brefs.

Toujours est-il que votre serviteur mettait en chantier ce 9e volet du feuilleton "Rétroviseur" le mercredi 22 août 2007 et il cherchait des renseignements sur le Sieur Claude V. Il pouvait lire, avec horreur, le lendemain même, le texte suivant dans Le Soir :

Claude Vandeloise, 62 ans, belge d’origine liégeoise, ex-professeur de français à l’université de Louisiane accusé du meurtre de son épouse Monique Beckers en octobre 2004, fait pour lequel il devait se justifier devant le tribunal de Baton Rouge en octobre prochain (Le Soir du 17 août) et risquait jusqu’à 40 ans de prison, est décédé mercredi [22/08/2007] d’un cancer au côlon avec métastases au foie. Selon son avocat Me David Bourland, Claude Vandeloise a maintenu jusqu’aux ultimes moments de sa vie ne pas avoir voulu la mort de son épouse, et a vivement regretté les faits. (E.S.)

Croyez-moi, ça jette un froid. A avoir soudain envie d'arrêter le "Rétroviseur" de peur de faire passer des gens…

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Ik heb mijn vrouw niet vermoord
(20/10/204 - Nieuwsblad.be)


Re-toujours est-il que notre défunt (paix à ses cendres) aura décidément un record de parcours atypique parmi les anciens du TURLg. Il y débarqua comme étudiant en mathématiques, construisit et anima des marionnettes pour le Prométhée enchaîné (adaptation en vers de la tragédie d'Eschyle par F. DUYSINX) monté en 1966, puis il fonda (à l'ex "Lion s'envoile" en Roture) la compagnie (de marionnettes) Bergamasque, avec e.a. Christian CRAHAY et Alain-Guy JACOB. On le retrouva en 1986-87 professeur de linguistique française à l'université d'Anvers, puis à Lille, Paris VIII, Aix-en-Provence ou Toulouse-Le Mirail, et enfin, au Department of French Studies de la Louisiana State University à Baton Rouge…où il est accusé, en 2004, du meurtre de son épouse (cfr un article de la DH, 19-10-2004). On en a le tournis.

La suite donc au prochain numéro…

(A suivre)
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8e livraison

10 Août 2007 , Rédigé par Asbl Théâtre Universitaire Royal de Liège Publié dans #Dans le rétroviseur...

 

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La rubrique "Dans le rétroviseur..." est ouverte à tous ceux qui peuvent ajouter, corriger, améliorer les informations qui s'y trouveront concernant les dates, les noms (de personnes, de lieux ou de dieux), les anecdotes, croustillantes ou non... Bref, que ceci soit un remue-méninges-mémoire du TURLg.

RG


Or donc, le rétroviseur a hoqueté à la livraison 7, en nous trimbalant des années 30 aux années 80. Des hoquets, oui, mais ne dit-on pas que  " l'Histoire bégaie  " ?  Cet épisode nous a semblé utile pour signaler le coup d'accélérateur qu'allaient être les 60ies dans l'évolution du théâtre universitaire tous azimuts.

Revenons-en toutefois à la fin des livraisons 5 et 6, vrai sac de noeuds pour celui qui gère ce f... rétroviseur. Nous sommes là à un carrefour, une fourche, à la fois aboutissement (provisoire) d'une époque et rampe de lancement (provisoire) d'une autre : ou comment démontrer que le mouvement naît en marchant (ou quelque chose comme ça).

Or,  ding-donc, nous en étions restés au début des années 60, au moment où François DUYSINX prenait le relais de la présidence de François DUYCKAERTS. Notons que ce dernier avait offert au TULg une première occasion de déplacement au long cours en envoyant l'Intermezzo de GIRAUDOUX mis en scène par Jean DAULNOYE, à Lumumbashi (Katanga - 1961) où DUYCKAERTS avait enseigné naguère, ceci entraînant cela très opportunément.

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(François Duyckaerts)

De même, Le Père Grognon participa-t-il au Festival de TU organisé par le MUBEF, en 1964 (15/3), en la salle du "Résidence" à Bruxelles.

Les années 60 constituèrent alors un embranchement déterminant dans la vie du théâtre étudiant à l'ULg, avec la création d'un Théâtre des Germanistes Liégeois d'appellation contrôlée.

On l'a dit et redit, le théâtre en version originale (anglais, allemand, néerlandais) était tradition en Philologie germanique. En recoupant des informations que nous devons à C. et M. SCHMIT-GAVOYE, J. SIMON, J. MOORS et F. CORIN, on peut établir la liste suivante de pièces jouées en Germanique, avant la 2e guerre et juste après :
- 1933-34 : The Twelve-pound look de J.M. BARRIE, Riders to the sea de J.M. SYNGE, Augustus does his bit de G.B. SHAW
- 1934-35 : Maria Magdalena de F. HEBBEL Das Spiel vom deutschen Bettelmann, de E. WIECHERT
- 1936-37 : Dolle Hans de FABRICIUS
- 1937-38 : The Admirable Crighton de J.M. BARRIE
- 1938-39 : Die Kommstunde de L. WEISMANTEL
- 1940 : Het daghet in het Westen de Nico VAN SUCHTELEN
- 1941 : The Flashing stream de Charles MORGAN, projet interrompu par la censure des autorités allemandes occupantes
- 1946 : Die häusliche Frau de Herman BRALER
- 1947-48 : The Admirable Crighton de J.M. BARRIE
- 1949 : Iphigenie
Sauf erreur ou omission

Après le Woyzeck de 1962, la tradition allait s'institutionnaliser de manière plus régulière en ce qui concerne, en tout cas, le théâtre en langue allemande. Robert GERMAY, devenu assistant-bibliothécaire, poussé par les étudiants, supporté toujours par Armand NIVELLE et, il faut le dire, sous l'oeil bienveillant de toute la section (sauf un prof, toujours le même), RG, donc, relançait la machine en montant Kennen Sie die Milchstrasse ? de Karl Wittlinger, en 1965, toujours au Foyer International des Etudiants, dit "le Vertbois". La pièce, prévue pour 2 personnages seulement, fut adaptée pour faire jouer 5 personnes, parmi lesquelles un premier germanophone, Bernard GENTGES, aujourd'hui éminent Ministre de la Communauté germanophone (jusque là, Leuven attirait plus les germanophones que l'ULg) : il ne sera pas le dernier.

Petite pause pendant que R.G. accomplissait ses obligations militaires (1965-1966), volant le jour,
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planant la nuit,

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et un pas de plus fut franchi en 1968 avec Biedermann und die Brandstifter de Max FRISCH qui fut présenté dans un vrai théâtre, "Le Trocadéro", rue Lulay, deux soirées de suite.

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C'est encore le Troca qui accueillit en 1971 Romulus der Grosse de Friedrich DÜRRENMATT. Ici, les germanophones devenaient nettement plus nombreux, entre autres avec les frères GROSCH. Robert, l'aîné qui jouait déjà dans Biedermann, avait entraîné son cadet Mathieu dans cette nouvelle aventure. Le premier est aujourd'hui Directeur d'école, le second après avoir été Ministre est maintenant Député européen de la Communauté germanophone. Ceci sans déprécier le moins du monde le beau travail de tous les autres, mais, quand on a des frères à part...

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C'est aussi avec Romulus que les Germanistes firent leur première tournée : Eupen ! Presque l'étranger. Décidément, une sorte de troupe commençait à se former : on l'appellerait bientôt le TLG (Theater der Lütticher Germanisten) à partir de Mockinpott en 1973.

Mais ceci est une autre histoire...

A suivre
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Dans le rétroviseur - 7e livraison

11 Juillet 2007 , Rédigé par Asbl Théâtre Universitaire Royal de Liège Publié dans #Dans le rétroviseur...

 

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RG

Or donc, déjà voyageur dans les années 30, le Théâtre universitaire, dans les années 50 et 60, clamait haut et fort sa vocation internationale en créant deux importants – mais finalement plutôt éphémères – festivals mondiaux : Erlangen et Nancy. Il y en eut un aussi à Parme (I) en 1962 et même à Bruxelles, en 1964, organisé par le MUBEF. Il faudra attendre les années 80 pour voir éclore un peu partout, du Maroc à l'Allemagne, de l'Italie à la Pologne ou au Portugal, de nouvelles Rencontres Internationales de Théâtre Universitaire, parmi lesquelles celles de Liège (RITU), créées en 1983, passent aujourd'hui pour les plus anciennes, les plus durables et les plus renommées, sans aucune modestie, mais en toute humilité.

Une parenthèse encore (j'aime ça) : RITU-Liège a entretenu pendant longtemps d'excellents rapports avec le fameux "Festival du Jeune Théâtre" de Liège, créé en 1958 et dirigé in illo tempore par Robert MARECHAL, lequel, bon prince, a maintes fois programmé à "son" Festival professionnel des troupes universitaires que le TURLg souhaitait inviter, mais n'avait pas les moyens financiers d'accueillir à son compte. C'était, alors, un magnifique échange de bons procédés – merci encore cher Robert M. – qui n'a plus cours depuis que de "Jeune Théâtre", le Festival  est devenu "de Liège". Autres temps (hommes), autres mœurs. Cette décennie des 80ies  fut, en tout cas, très importante dans l'histoire de l'internationalisation du mouvement du TU. Nous vous en parlerons bientôt dans un autre article qui s'appellera "DU TU à l'AI-TU" (à paraître sous "Où il est question de théâtre") : un peu de suspens ne messied point.

Puisqu'on est "Dans le rétroviseur", revenons un peu en arrière (j'aime ça).

Si les deux grands premiers Festivals internationaux, allemand et français, furent éphémères, ils n'en eurent pas moins des conséquences considérables sur la vie du TU. En effet, en sortant de plus en plus de la "tour d'ivoire" de l'Alma Mater, certains se professionnalisant même (les STU polonais, le Théâtre du Soleil d'Ariane MNOUCHKINE et tant d'autres), les TU avaient mis en lumière et affirmé l'identité, la particularité d'un genre théâtral singulier qui prenait place dans le paysage du théâtre tout court, à côté des vénérables formes traditionnelles. Même l'attitude des auteurs change, puisque nombre d'entre eux, et non des moindres (Peter WEISS, Edward BOND,…) se mirent à écrire expressément pour le TU, et jusqu'au public qui venait plus "décontracté" à ces manifestations théâtrales internationales que dans les "Grands Théâtres".

Mais c'est peut-être sur l'université elle-même que l'influence fut la plus forte. L'Alma Mater découvrait, parfois avec stupeur, voire avec une certaine réticence ici et là, que le théâtre qui se faisait en ses murs dépassait la notion de hobby, et même que le théâtre était autre chose que la littérature.

C'est ainsi qu'on vit fleurir dans les années 70, un peu partout en Europe, des "Instituts de Théâtre", incluant non plus seulement la recherche (jusque là assez chichement mais magistralement représentée : Köln, Wien,…) mais aussi la pratique théâtrales. Tentative de rattraper les pays anglo-saxons (jusqu'en Australie) où peu d'universités n'avaient pas déjà, depuis belle lurette, leur Drama Department ?

Très près de chez nous, les tous premiers cours spécifiquement de théâtre (sic) apparurent à l'ULg en 1972, avec la naissance de la "8e section". Ils furent assurés, la première année, par René HAINAUX (1918-…), célèbre comédien et pédagogue, au demeurant (ex du Théâtre des Romanistes de l'ULg des années 30 !), assisté alors de Michèle FABIEN (dramaturge trop tôt disparue, 1945-1999) et de Robert GERMAY (trop tard retraité). Ladite "8e section" (en parodie de la fameuse "7e compagnie"), devenue aujourd'hui le Département d'Arts et Sciences de la Communication (c'est quand même plus sérieux), ouvre demain (2007-2008) un "Master en Arts du spectacle". Quand on vous disait que l'explosion des TU dans les 60ies avait laissé des traces… !

Mais ceci est une autre histoire.

A suivre…


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René HAINAUX et Christian CRAHAY... beau hasard
Tous deux ont fait du théâtre à l'ULg avant de se professionnaliser.
CRAHAY a même joué au Théâtre des Germanistes.

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Michèle FABIEN
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Dans le rétroviseur - 6e livraison

3 Juillet 2007 , Rédigé par Asbl Théâtre Universitaire Royal de Liège Publié dans #Dans le rétroviseur...

 

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La rubrique "Dans le rétroviseur..." est ouverte à tous ceux qui peuvent ajouter, corriger, améliorer les informations qui s'y trouveront concernant les dates, les noms (de personnes, de lieux ou de dieux), les anecdotes, croustillantes ou non... Bref, que ceci soit un remue-méninges-mémoire du TURLg.

RG

Or donc, la période Duyckaerts, pour vivante et remplie qu'elle fût, peut être considérée comme une sorte de parenthèse dans l'évolution  du TU liégeois, et ceci nous permet quelques remarques générales sur le phénomène "théâtre universitaire" lui-même.

Sa vocation n'était pas, sous HUBAUX – tout pareil qu'à Paris sous COHEN ou Roland BARTHES - d'imiter les professionnels, ni dans le choix du répertoire, ni dans la conception du spectacle, voire les directions d'acteurs. Elle ne doit d'ailleurs pas l'être. On fait du théâtre universitaire autant pour apprendre que pour produire, et le processus même de création y est quelque fois plus important même que le résultat final. Tant mieux si, in fine,  les répétitions (répéter ne veut pas dire "refaire" mais "améliorer") et les représentations donnent ensemble un produit de qualité remarquable. Et c'est souvent le cas au TURLg. Mais ni la démarche, ni la formation, ni la motivation ou l'ambition des professionnels du théâtre ne sont celles du théâtre étudiant en particulier, et du théâtre amateur en général. Ceci peut paraître une évidence mesquine, mais les faits prouvent souvent qu'elle ne l'est pas toujours pour tout le monde.

C'était apparemment le cas au TULg de 1958 à 1962. Ceci n'est pas une critique de la qualité des spectacles présentés alors, mais bien de leur inscription dans le paysage du théâtre à l'université, tel qu'on le conçoit généralement, encore aujourd'hui.

Cette "parenthèse" avait donc, certes, produit des représentations théâtrales étudiantes respectables, mais elle avait aussi provoqué les départs de certaines forces vives d'une part, et d'autre part, favorisé le retour en force d'autres qui allaient avec DUYSINX et consorts, remettre le TULg sur ses rails.

Par ailleurs, elle avait aussi provoqué une dissidence.

Au début des années soixante, un groupe d'étudiants allaient faire du théâtre sous le nom de la "Communauté des Escoliers de Liège", regroupés par Robert LOUIS, et Roger DEHAYBE (1942-…), tous deux étudiants à l'ULg. Le premier, après avoir fait le Conservatoire, fit la Psycho, puis une belle carrière à la RTB(F). Le second, romaniste, traça sa voie dans l'administration, à l'ULg, au Cabinet du Ministre de la Culture Jean-Maurice DEHOUSSE et au CGRI, où il fut Commissaire général, et enfin auprès de Boutros Boutros GHALI, comme Administrateur général de l'Agence intergouvernementale de la Francophonie.

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(Roger DEHAYBE)


Tous deux sont aujourd'hui retraités.

Le TURLg –et pour cause – possède peu de détails sur cette jeune compagnie des "Escoliers de Liège", et nous serions heureux que l'un ou l'autre rescapé de l'aventure qui lirait ces lignes réagisse en nous donnant plus d'informations, merci d'avance !

Ce qui est sûr, c'est que nos Escoliers participèrent en tout cas aux premières années du Festival Mondial du Théâtre de Nancy, créé par Jack LANG en 1963 avec Histoire de Vasco de  Georges SHEHADE (1964) et Hop ! Signor de Michel DE GHELDERODE (1965). Sous l'impulsion de Roger DEHAYBE (e.a.), la "Communauté des Escoliers de Liège" devint rapidement le "Théâtre de la Communauté" (Seraing), un théâtre professionnel résolument engagé dans la lutte sociale et que l'on peut considérer comme l'ancêtre fondateur d'à peu près tout le Théâtre-Action en Communauté française, voire de Belgique.

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C'est d'ailleurs sous l'appellation "Théâtre de la Communauté" que furent ensuite présentés à Nancy Le Dossier de Tadeusz Różewicz (1966) et Théâtre en liberté, de Victor HUGO (1967).

Par parenthèse, le Festival Mondial du Théâtre de Nancy était calqué sur le tout premier Festival international de Théâtre universitaire qui avait été créé à Erlangen (Allemagne) en 1949 déjà, et qui s'éteignit en 1969. Les "Escoliers" liégeois avaient d'ailleurs déjà participé aussi au Festival d'Erlangen. Nancy lui survécut de peu puisqu'on peut dater sa fin à 1973-74 ; Nancy n'accueillant quasiment plus de troupes universitaires, la Fédération des Etudiants de France lui retira son soutien, et c'est sur Avignon que se reporta alors toute l'attention. Le Festival d'Erlangen, lui, renaquit de ses cendres en 1990 et est encore actif aujourd'hui comme Festival universitaire.

Mais ceci est une autre histoire.

A suivre…

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Dans le rétroviseur - 5e livraison

25 Juin 2007 , Rédigé par Asbl Théâtre Universitaire Royal de Liège Publié dans #Dans le rétroviseur...

 

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RG

Or donc, Robert G. n'avait pas vécu comme partie prenante les années Duyckaerts du TULg. Ce n'est pas pour autant que le théâtre lui était étranger.

Rappelez-vous la solide tradition du théâtre en V.O. qui existait en germanique depuis des décennies. Fernand CORIN, par exemple, alors Assistant en Littérature anglaise (il deviendra plus tard Prof. Ordinaire à Louvain-la-Neuve), en digne fils de son père, y monta quelques pièces en anglais – avec parfois un complice, Marcel LEMAIRE -… pièces auxquelles notre RG ne participa pas : son anglais ne devait sans doute pas être ce qu'il aurait dû être aux oreilles des metteurs en scène.

Dans la foulée, les "allemandistes" de 1e licence 61-62 ne voulant pas être en reste proposèrent à leur Prof. de Littérature allemande, Armand NIVELLE, alors encore jeune Chargé de cours, de monter Woyzeck, de Georg BÜCHNER. Ah ! redoutable innocence de la jeunesse ! Et NIVELLE accepta de "coacher" cette troupe (d'une vingtaine d'étudiants germanistes, toutes années confondues), sur le plan de la langue et, heureusement aussi, sur le plan pratique : le Cercle d'Etudes allemandes qu'il présidait couvrit les quelque 3000 francs belges de frais exposés pour les "décors", maquillages (professionnels ! eh oui) et autres locations de salle.

La première eut lieu au récemment inauguré "Foyer des Etudiants" de la rue du Vertbois, en 1962, devant toute la famille germaniste, profs (sauf un), assistants, étudiants réunis, et ma foi, enthousiastes malgré le côté "patronage" que devait avoir, à coup sûr, la représentation.

Peu après, en 63, quelques étudiants (4, et RG en était encore) furent sollicités par NIVELLE pour marquer théâtralement les festivités organisées en l'honneur du Prof. Joseph WARLAND, autre figure emblématique de la Germanique d'alors, pour son soixantième anniversaire. On donna Der todt Mann, de Hans SACHS. Par parenthèse, la pièce fait aujourd'hui une belle carrière internationale au TURLg, sous le titre de Si tu m'aimes... (prends garde à toi), dans une adaptation française originale signée RG précisément.

Mine de rien, ceci constituait en quelque sorte l'acte de naissance du très imminent Theater der Lütticher Germanisten / Théâtre des Germanistes Liégeois, qui allait se constituer rapidement dans la décennie en cours.

Mais ceci est une autre histoire.

A suivre…

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"  Chaque homme est un abîme,
on a le vertige quand on se penche dessus
. "
(Georg BÜCHNER, Woyzeck)

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Dans le rétroviseur - 4e livraison

20 Juin 2007 , Rédigé par Asbl Théâtre Universitaire Royal de Liège Publié dans #Dans le rétroviseur...

 

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La rubrique "Dans le rétroviseur..." est ouverte à tous ceux qui peuvent ajouter, corriger, améliorer les informations qui s'y trouveront concernant les dates, les noms (de personnes, de lieux ou de dieux), les anecdotes, croustillantes ou non... Bref, que ceci soit un remue-méninges-mémoire du TURLg.

 

RG


Or donc, le désormais Robert pédalait à ses cours – dans tous les sens du terme. Mais la nostalgique parenthèse héroïco-sentimentale de la livraison 3 de ce "Rétroviseur" nous a écarté de notre sujet : le long fleuve du TULg. A vrai dire, il intéressait peu notre héros, trop occupé qu'il était par sa guitare et ses chansons, le patronage, le basket-ball, la guindaille et certains cours. C'est ainsi qu'il rata quelques mémorables représentations du TULg dont François DUYCKAERTS venait d'"hériter", à la demande du Recteur d'alors, Marcel DUBUISSON, le "père" du Domaine du Sart-Tilman, de l'Aquarium et de la Station océanographique corse Stareso à Calvi, e.a.

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François DUYCKAERTS (1920-2006) était un éminent philosophe et un psychanalyste écouté. Même si le théâtre l'intéressait vivement, notre Prof. n'était pas un "théâtreux" (ce qui n'a pas empêché son fils Eric de s'illustrer, plus tard, avec le Groupov de Jacques DELCUVELLERIE). C'est pourquoi, tout en acceptant la responsabilité de la présidence du TULg, il confia dès son premier mandat, les mises en scène à un plus praticien que lui : Jean DAULNOYE, qui recevait dès lors comme émoluments une bonne partie des subsides qu'allouait déjà l'Alma Mater au théâtre. Le budget devait alors tourner dans les 1500 €, soit 60 000 francs belges d'une époque où, dans le Carré, la chope était à 5 francs, le pain à 3.50 et les sèches à moins de 10 balles. Tout fout l'camp, ma bonne dame.

Jean DAULNOYE était actif dans le milieu théâtral liégeois, où il a presté notamment à l'Etuve, le petit théâtre de la rue éponyme, qui était alors un théâtre d'avant-garde (comme on change !). On pouvait y voir des Georges KONEN, Henri MORDANT, Robert LOUIS,… qui eux-mêmes étaient passés par le TULg. Il travaillait aussi à la RTB, notamment à "Antenne Soir" en compagnie de Jean BRUMIOUL, autre figure connue à Liège, dans le domaine du théâtre.

Bref, c'est donc DAULNOYE qui mit en scène successivement :

         La Répétition ou l'Amour puni, de Jean ANOUILH (1958)

         Le Malade imaginaire, de MOLIERE (1959)

         Intermezzo/Un Caprice, de Jean GIRAUDOUX/Alfred de MUSSET (1961)

         Le Misanthrope, de MOLIERE (1962)

         Le Dyscolos ou le Père Grognon, de MENANDRE, adaptation en vers et musique de François DUYSINX, chorégraphie de Fanny THIBOUT (1963)

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Ce fut la dernière mise en scène de Jean DAULNOYE au TULg.

Et, parallèlement, François DUYCKAERTS avait renoncé en 1962 en conseillant au Recteur de désigner François DUYSINX (1914-2003)comme son successeur. Ce dernier venait d'être nommé Maître de conférence, en Musicologie à l'ULg, charge honorifique et bénévole, certes, mais qui garantissait à l'ULg que la direction/présidence du TULg était assurée, comme par le passé, par un enseignant de l'Université... Il avait alors 48 ans, et enseignait à l'Athénée de Stavelot pour sa charge principale. Il enseignera plus tard aussi à l'INSAS.

Certes, DUYCKAERTS, qui avait géré les affaires du TULg avec sérieux et intérêt, avait d'autres chats à fouetter dans sa brillante carrière. Mais il est vraisemblable qu'il fut aussi réceptif aux critiques, parfois virulentes, qui furent émises par la "vieille équipe" qui avait œuvré sous HUBAUX. On reprochait, notamment, ce nouveau cap du répertoire trop consacré, aux yeux de certains, à des œuvres connues et reconnues (voir ci-dessus), et à un théâtre trop calqué sur le professionnalisme, avec les conséquences financières qui en découlaient (cachets de metteur en scène, location de costumes, décors,…). On vit d'ailleurs se vider rapidement, de 1958 à 1962, le "réservoir" des anciens collaborateurs de HUBAUX, que l'évolution du TULg mécontentait manifestement et profondément.

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Menandre (343-292 AC)

Et ce fut donc "François Duysinx le retour" (comme l'indique à suffisance la production de 1963, Le Dyscolos), en compagnie de Fanny THIBOUT (1907-1998), mais aussi de quelques autres rejetons DUYSINX. On peut comprendre que ce fut, au Théâtre universitaire, la dernière prestation de Jean DAULNOYE, qui, au demeurant, continuera sous d'autres auspices un beau parcours professionnel dans les arts vivants, mais aussi en littérature.

 
Une ère nouvelle s'ouvrait donc pour le TULg, par un retour aux sources.

Notre Robert G., lui, avait triomphé de la Germanique en septembre 63… et y rempilait, cette fois, du bon côté de la barrière, dès octobre, en acceptant, sans transition, le poste d'assistant bibliothécaire qu'on lui avait proposé.

Mais ceci est une autre histoire.

A suivre…

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Dans le rétroviseur... 3e livraison

13 Juin 2007 , Rédigé par Asbl Théâtre Universitaire Royal de Liège Publié dans #Dans le rétroviseur...

 

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RG


Or donc notre jeune  Alphonse Robert G. goûtait, dès  septembre 58, aux premières joies de la Germanique : trois langues obligatoires à l'époque et qui plus est à l'"Assistance publique". C'est ainsi qu'on appelait alors, selon leur ancienne fonction, les vénérables mais sinistrement vétustes bâtiments du coin du pont Neuf (aujourd'hui Kennedy) et de la rue André Dumont. 

Changement d'herbage, réjouissance des veaux : en janvier, on s'installait avec armes et bagages au premier étage de l'alors rutilant bâtiment de Philo de la place Cockerill, où nous attendaient des odeurs de peinture fraîche, de plâtres encore humides,... et les cris des maraîchers qui, en plein cours, vantaient jusqu'à midi, et à tue-tête, leurs "bè porèts" et autres tomates ou salades fraîches. C'est que ladite place à John servait  depuis des temps immémoriaux de marché quotidien de primeurs aux "cotîs" des hauteurs de Liège (Grivegnée, Robermont et alentours).

Ca rajeunissait notre Alphonse Robert qui, pendant cinq longues années de guerre, avait fait le trajet de Belleflamme - place Cockerill dans une charrette à bras, parmi les précieux légumes, poussée et tirée par ses "cotresses" de mère et grand-mère, dès potron-minet, et par tous les temps. Comme son papa était gardé par les boches, c'est donc lui qui gardait vaillamment, en dormant dans les choux et les haricots fraîchement coupés, la famille réduite à sa portion féminine. C'est d'ailleurs au retour du père, en 1945, qu'il apprit qu'il s'appelait Alphonse, comme lui.  Jusque là, il ne répondait qu'au prénom de Robert. Ah, l'identité...
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Par parenthèse, en 1958, pour se rendre place Cockerill, il avait depuis belle lurette évidemment abandonné la charrette à bras grand'maternelle de son enfance guerrière pour le vélo.

Mais ceci est une autre histoire.

(On lira avec intérêt l'article de  feu la Prof. Irène SIMON,  "Soixante années de Philologie germanique à l'Université de Liège", in Bulletin des Amis de l'Université, oct.-déc. 1950, p. 15-48, où on trouvera aussi des renseignements sur le  TU de naguère)

A suivre...
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Dans le rétroviseur... 2e livraison

6 Juin 2007 , Rédigé par Asbl Théâtre Universitaire Royal de Liège Publié dans #Dans le rétroviseur...

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Or donc, après une décennie de théâtre facultaire et/ou de Cercles d'étudiants, le TULg naissait comme cercle interfacultaire en 1941, sous la houlette officielle du Prof. (latiniste) J. HUBAUX (1894-1959), qui assurera la présidence du frais émoulu TU liégeois jusqu'en 1957-58. 

Il est cocasse (?), avec le recul, de constater que l'oeuvre choisie pour ce baptême sous l'occupation allemande était, précisément, Les Bacchantes d'Euripide, pièce éternelle qui met en cause le pouvoir conquis par la force et qui faisait entendre à quelques officiers allemands, assis au premier rang de la Salle académique, des répliques du choeur des Bacchantes telles que :
" Parmi les présents que lui font les dieux
Il n'est pour l'homme plus sûre joie :
Voir enfin la victoire
Lui livrer l'ennemi pour proie "
et d'autres plus cinglantes encore de Dionysos, invectivant sans vergogne Penthée, le tyran de Thèbes. Quand on sait que quelques mois auparavant, la Kommandantur avait interdit au Cercle des Germanistes, le Debating Club, de jouer une pièce du britannique Charles MORGAN (1894-1958), The Flashing stream,on aurait pu craindre aussi la censure pour les Bacchantes, dont l'histoire ne pouvait qu'évoquer un parallèle avec la situation du peuple liégeois sous la botte nazie.

Peut-être la musique grecque, créée - au sens propre du terme - à l'occasion par François DUYSINX, a-t-elle eu le don d'adoucir un moment la gent teutonne.

Toujours est-il que ces Bacchantes avaient la peau dure puisqu'elles survécurent à la guerre. Jouée en création 5 fois à Liège en avril-mai 41, la pièce fut reprise 4 fois à Liège et 1 fois à Verviers (Palace) en 42, et elle finit sa belle carrière en 1946, à Liège (Conservatoire), Bruxelles (Palais des Beaux-Arts), Paris (Sorbonne, 2 fois) et, enfin, Flémalle (Théâtre de Verdure).

Vinrent alors, régulièrement mises en scène par Jean HUBAUX (souvent assisté pour les chorégraphies par Fanny THIBOUT), successivement :
  •  
  • - La Tempête de SHAKESPEARE : 1947
  •  
  • - La Paix d'ARISTOPHANE : 1948 et 1949, créée à l'Emulation - Liège, et décentralisée à Charleroi (Hôtel de Ville), Paris (Cité Universitaire), Saint-Etienne (Salle Jeanne d'Arc). Le spectacle fut, en tout, présenté 10 fois. Pas mal pour l'époque.
  •  
  • - La Machine à calculer d'Elmer RICE : 1950
  •  
  • - Jules César de SHAKESPEARE : 1951
  •  
  • - L'Admirable Crighton de J.-M. BARRIES : 1952
  •  
  • - Les Euménides d'ESCHYLE (trad. en vers : François DUYSINX, mise en scène : Fanny THIBOUT), jouée 5 fois à Liège (Emulation) : 1954
  •  
  • - La Guerre de Troie n'aura pas lieu, de Jean GIRAUDOUX (mise en scène de Georges KONEN) : 1955
  •  
  • - La Machine à calculer, d'Elmer RICE, reprise cette fois dans une mise en scène de Georges KONEN : 1956
  •  
  • - Macbeth de SHAKESPEARE : 1957
Ce fut la dernière mise en scène de Jean HUBAUX qui passa le flambeau en 1958 à son collègue de Philosophie François DUYCKAERTS (1920-2006) qui venait d'être nommé Professeur ordinaire à l'ULg en 1957.

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En septembre 1958, notre petit Alphonse R. GERMAY avait grandi, et il entrait, fier de son cartable tout neuf, en 1e candi Philologie germanique, dont les cours se donnaient, pour 3 mois encore, à l'emplacement de l'actuelle Tour Kennedy. Mais ceci est une autre histoire.

A suivre...

RG
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Un peu d'histoire...

25 Mai 2007 , Rédigé par Asbl Théâtre Universitaire Royal de Liège Publié dans #Dans le rétroviseur...

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La rubrique "Dans le rétroviseur..." est ouverte à tous ceux qui peuvent ajouter, corriger, améliorer les informations qui s'y trouveront concernant les dates, les noms (de personnes, de lieux ou de dieux), les anecdotes, croustillantes ou non... Bref, que ceci soit un remue-méninges-mémoire du TURLg.

RG

Pour ouvrir la rubrique, quelques mots :

Le théâtre étudiant est présent en université depuis la création des Universités : c'est attesté à Paris (Sorbonne), Coimbra, Vilnius. Sous Shakespeare déjà, des étudiants se produisent sur les planches de leur alma mater.

L'ULg est certes de création plus récente que les augustes institutions citées plus haut : elle fut fondée en 1817 sur un site occupé depuis 1581 par des Jésuites, site devenu Collège en 1773, et, aujourd'hui, Salle académique de l'ULg.

Quand on sait que le théâtre était un élément important dans le système éducatif des écoles catholiques (le "Théâtre Jésuite" est un concept dans l'Histoire du théâtre au 16e et au 17e siècles), on ne s'étonnera pas que des représentations de ce type soient attestées aussi aux 18e et 19e siècles à Liège.

La fin du 19e et le début du 20e siècles virent aussi éclore dans notre nouvelle université des "Revues" présentées par des associations étudiantes, en particulier des étudiants en Droit et des ingénieurs. On a vu aussi des "revues" montées, quasi en rivalité, par la Fédération des Etudiants Libéraux Unis (FELU) vs l'"Union des Etudiants Catholiques de Liège".

Mais c'est dans les années 1930 seulement que vont apparaître des préoccupations théâtrales dignes de ce nom, en particulier dans le chef de "Sections" de Philosophie et Lettres, telles que les Romanes, les Germanistes, les Classiques : ici, l'art théâtral proprement dit commençait à germay, par comparaison avec les manifestations très occasionnelles et surtout festives d'associations dont le but premier n'était pas le théâtre.

Et on vit émerger des noms comme Jeanne Willems (Romane), François Duysinx (Classique), René Hainaux (Romane), Marcel Hicter, Jules Labarbe (Classique), Alexis Curvers ou autres Fanny Thibout (Aloïs en passe, et des meilleurs), mais aussi de distingués Professeurs comme Jean Hubaux (Classique), A.-L. Corin (Germanique : A comme Adolf Hitler et L comme Léon Degrelle, comme le pointe avec humour son propre fils, Fernand), R. Verdeyen (Germanique), Jean et Rita Lejeune,...(et Alzheimer en oublie)

Ces groupes, occasionnels mais dirigés par des "Maîtres", mettaient le théâtre au service de leur apprentissage des littératures qu'ils étudiaient. On jouait alors, en vrac, du Shakespeare, du Corneille, du Musset, mais aussi du Théodore de Banville, des farces et miracles anonymes du Moyen-Age, et du Shaw, Tchekov ou Gide et Stravinsky (notamment par l'éphémère "Théâtre des Romanistes", animé de 1936 à 1940 par René Hainaux, e.a.). Notons au passage, tandis que ces "Cercles" liégeois se confrontaient à l'art dramatique, souvent à travers les auteurs vus en classe, le "Jeune Théâtre de l'ULB" naissait en 1933 et, au même moment, se distinguaient le "Groupe de théâtre Antique de la Sorbonne" (avec Roland Barthes) et les "Théophiliens" de Paris (avec Gustave Cohen - docteur de l'ULg par parenthèse).

Des échanges eurent d'ailleurs lieu entre Paris et Liège : c'était le début du début des fameuses tournées du futur Théâtre universitaire liégeois.

bacchantes.jpg C'est évident que l'importance et le succès croissants des activités théâtrales de ces différents cercles universitaires de l'ULg appelaient l'idée d'une organisation plus cohérente et d'un encadrement plus officiel. Ceci fut fait en 1941 qui vit la naissance du "Cercle Interfacultaire de Théâtre de l'Université de Liège", que l'on appela rapidement plus simplement "Théâtre universitaire liégeois", et qui était placé sous la direction du Prof. Jean Hubaux. Il n'étonnera personne que la pièce qui marquera cette naissance officielle fut "Les Bacchantes" d'Euripide, que Hubaux étudiait en classe avec ses étudiants, qui assurèrent d'ailleurs eux-mêmes la traduction du texte grec. Pour sa monumentale mise en scène, Jean Hubaux fit appel à des auxiliaires dont beaucoup sont devenus des personnalités incontournables telles que François Duysinx, Marcel Hicter, Jules Labarbe ou Fanny Thibout, qui assura la chorégraphie.

Le TULg commençait bellement sa longue carrière par la représentation des "Bacchantes" le 25 avril 1941 en la Salle académique de l'ULg.

Quelques mois plus tôt (le 9.12.40 : 9x2 = 18 +4 = 22 x1 = 22 !) venait au monde, sous les bombes et sur une table de cuisine, le petit Alphonse R. Germay. Un présage ? ... Mais ceci est une autre histoire.

A suivre...

RG
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